Le gouffre de Breurey, la légende [1] : encore un carrosse qui disparait !
"Si quelque spéléologue désirerait explorer un gouffre, qu'il ne connaît pas encore, il doit renoncer à s'intéresser à celui de Breurey ; il n'existe plus, si tant est qu'il ait existé un jour. Par contre le village de Breurey-lès-Faverney existe bien, situé à une quinzaine de kilomètres au nord de Vesoul, au nord d'une assez vaste forêt, qui porte son nom le Bois de Breurey, tout proche du village de Provenchère.
Aux dires de certains, du gouffre de Breurey rempli d'une eau noirâtre et puante, se dégageait lentement chaque soir un brouillard très épais, qui augmentait considérablement l'aspect sinistre du lieu. On prétendait que seul un homme noir très laid, sans doute le diable lui-même, le fréquentait : On racontait que plusieurs femmes, hommes ou enfants en promenade dans les parages avaient disparu et qu'on aurait retrouvé le corps de certains flottant à la surface de ses eaux sales. Aussi les villageois se gardaient bien d'approcher de ce lieu maudit dès la tombée du jour et beaucoup même hésitaient à y venir dans la journée.
Un de ces dimanches d'automne à midi, dans un château proche de Breurey, son propriétaire avait convié plusieurs de ses amis, dont un jeune gentilhomme parisien, à un plantureux repas qui, comme l'usage prévalait jadis, se prolongeait jusqu'au soir. Au fur et à mesure que l'heure avançait, les discussions s'animaient de plus en plus et la conversation s'engagea inévitablement sur les horreurs du gouffre de Breurey.
Le jeune parisien se gaussait de ses croyances pour lui surannées, qui ne subsistaient plus que dans la France profonde. Il ne croyait pas au diable et défiait quiconque de le rencontrer quelque part. Comme tous les convives l'assuraient du contraire, il se proposa de leur démontrer qu'aucun diable ne hantait ce gouffre, et de demander à chacun de l'accompagner jusque-là pour lui servir de témoins.
Comme aucun ne voulut le suivre, il décida de s'y rendre sans eux, commanda à son cocher de le conduire au gouffre et affirma qu'il serait de retour dans deux heures. Le cocher ne pouvait refuser d'obtempérer à son employeur, mais il ne se sentait pas du tout à l'aise. Il se fit rabrouer, parce qu'il conduisait son cheval trop lentement.
- Au galop, commanda le jeune Parisien !
Ils arrivèrent au gouffre, qu'un épais brouillard enveloppait. Et, soudain, un homme noir s'en détacha et s'approcha du carrosse. Les chevaux se mirent à hennir et le cocher effrayé sauta du haut de son siège et s'enfuit à toutes jambes. Le jeune gentilhomme passa sa tête par la portière et se trouva nez à nez avec l'homme noir. Stupéfait, pétri un moment sur son siège, le temps de reprendre ses esprits, il allait ouvrir la portière, quand l'homme noir, ayant pris la place du cocher, lança le carrosse au grand galop. Quant au cocher épouvanté, caché derrière un gros buisson, il vit le carrosse s'enfoncer dans le brouillard et disparaître. On ne retrouva jamais le jeune Parisien, son carrosse et les chevaux.
Le gouffre terrorisait désormais encore plus les gens des alentours, si bien que certains voyageurs se mettaient à éviter le village même de Breurey. Alors les femmes de la localité se concertèrent et prirent l'initiative de s'y rendre chaque midi, à l'heure la moins dangereuse, pour y jeter de l'eau bénite. Leur action se révéla salutaire. Jour après jour, le gouffre se rétrécissait, de telle sorte qu'il ne resta bientôt plus qu'une source productrice d'un mince filet d'eau pure (fontaine Gromaire ?).
Aujourd'hui, le gouffre de Breurey est oublié et la petite fontaine (serait-elle la Fontaine Gromaire, à une centaine de mètres du Moulin du Val ?), qui subsiste à sa place, permet aux promeneurs de s'y désaltérer".
Mais aujourd’hui, une réalité rejoint la fiction ?
Il existe bien une cavité : le gouffre du bois de Breurey en N47.724050 E6.178722, situé à environ 12 km au nord de Vesoul. Cité in BaseKarst [2].
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| le lac (cliché J-L Geral) |
[1] Georges Bidalot, Franche-Comté, terre de légendes, Ed. Presses du Belvédère, avril 2007, p 139-140.
[2] https://basekarst.gipek.fr


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