lundi 21 mars 2022

Quelques aspects souterrains du bassin de la Doue et de la Creuse (Doubs, 25)

par Philippe VERGON (texte et photos)

Cet article reprend et actualise celui paru en 2004 dans la publication "le Gland – la Creuse – la Doue, une rivière et ses sources" du Syndicat Intercommunal à Vocation Unique de la vallée du Gland. 

I – Abréviations

Les coordonnées indiquées sont en latitude et longitude décimales / WGS84 N47° E 6°

Coord. : coordonnées. Alt. : altitude. Dév. : développement. Dén. : dénivelé. Pn : Puits de n. mètres
CHYN : Centre d'HYdrogéologie - université de Neuchâtel (CH)
GSAM : Groupe Spéléo-Archéo de Mandeure
GSD : Groupe Spéléo du Doubs
GSML : Groupe Spéléo Marcel Loubens d'Héricourt
GSM : Groupe Spéléo de Montbéliard
GSP : Groupe Spéléo de Porrentruy
GS Catamaran : Groupe Spéléo Catamaran de Montbéliard
OEPN : Office des Eaux et de la Protection de la Nature de St-Ursanne (CH)
OFEV : Office Fédéral de l'EnVironnement (CH)
SCB : Spéléo Club de Belfort
SCH : Spéléo Club d'Hérimoncourt
SCPPM : Spéléo Club Préhistorique du Pays de Montbéliard
SCP : Spéléo Club Peugeot
SHAG : Société Hétéromophe d'Amateurs de Gouffres
SIA : Syndicat des Eaux d'Abbévillers
SIEC : Syndicat Intercommunal des Eaux des Croix
 

II – Principales cavités

La karstification du secteur est extrêmement développée et les réseaux souterrains sont très complexes. De nombreuses cavités sont aquatiques, boueuses, au parcours pénible et souvent explorables uniquement en plongée avec scaphandre. Il en reste encore à découvrir, avec des explorations de plus en plus difficiles, plus profondes et très éloignées des entrées.
Consultez la carte IGN au 1/25000 en couleur du secteur concerné avec situation des principaux phénomènes karstiques (page, §, repérés par numéros).
 

II – Le gouffre des Bruyères (rep. 1)

Coord. N47.363726 / E6.862917 ; Alt. 750 m ; Dev.. 640 m ; Dén. - 190 m (en 1990). Le développement total est de 800 m à ce jour !
La perte temporaire, absorbant le ruisseau de la "Raie des Bruyères" est située à l'ouest de la Villa des Roses, au départ d'un talweg en amont du sentier de randonnée GR5.
 
perte du ruisseau
Descriptif sommaire :

Le ruisseau se jette dans un aven de 3 m de profondeur au fond incliné ; au S-W, une galerie fossile remontante développe 6 mètres. L'entrée basse de direction N-E donne, après 5 m de progression, dans 2 ressauts de 2 et 3 m, suivis d'une petite salle.
A ce niveau, part un puits de 2 m de diamètre au départ, et s'élargissant vers la base. Ce puits est entrecoupé de 3 paliers, ce qui le fragmente en 4 verticales de 11 m, 11 m, 16 m et 15 m. Un ressaut de 7 m mène à un éboulis, suivi d'un petit ressaut et d'un court méandre débouchant dans un nouveau puits "le puits du Roussillon". Ce puits commence par une verticale de 15 m, suivie d'un plan incliné totalisant 40 m de dénivelé.

Une courte galerie horizontale marque la fin des grands puits et permet d'atteindre par une verticale de 6 m, une petite salle. Une galerie artificielle permet d'éviter une vingtaine de mètres de méandres très étroits, et de communiquer avec une galerie plus confortable, par un ressaut de 2 m suivi d'une verticale de 9 m et d'un autre ressaut de 4 m. À ce niveau, un affluent toujours actif a été remonté sur une quarantaine de mètres.

La cascade au début de la salle Christian
Un ultime puits de 6 m débouche directement dans une galerie volumineuse de direction S-E. Cette galerie au sol incliné et encombré d'énormes blocs, atteint 80 m de longueur pour une section constante de 6 m de large pour 7 m de haut.

En bas de la galerie, une petite salle basse où se perd le ruisseau, constitue le début du passage des Damnés, agrandi sur une vingtaine de mètres.
Ensuite 200 m de galerie plus spacieuse mais aquatique bute sur une étroiture siphonnante.

Du premier palier, on peut accéder par une courte galerie basse à une salle haute et concrétionnée. Après un puits de 6 m, on prend pied sur un promontoire encombré de blocs. Une étroiture permet d’y accéder :

par un puits de 41 m, appelé "puits Jean-Claude", au début du "puits du Roussillon".

par une vire de 13 m, à un réseau fossile totalisant 30 m de dénivelé.

Travaux :

1985 : après désobstruction de l'entrée, le GSAM explore le gouffre jusqu'à -180 m.

1986 : désobstruction et exploration de la galerie de l'affluent par le GSAM ; agrandissement de la galerie d'entrée et percement d'une galerie artificielle pour court-circuiter le méandre par le GSML et le GSAM ; désobstruction et exploration d'un nouveau réseau fossile par le GSAM.

En 1990, un siphon ou voute mouillante marque le terminus explorable
Siphon ou voute mouillante terminus du gouffre en 1990.
Hydrologie :

Par sécheresse ou pendant une période sans précipitation, les puits sont à sec. Seule la galerie de l'affluent est toujours active. En crue, tous les puits et les galeries sont actifs excepté le puits Jean-Claude.

Le 14 juin 1986, après coloration par le GSAM, avec 2 kg de fluorescéine, la réapparition n'a pas été constatée.

Le 8 mai 1996, après coloration par Mr Didier Cailhol, avec 3 kg de fluorescéine, réapparition le 20 mai à la source de la Laronnesse. Vitesse apparente : environ 14 m/h.


 

IV – Gouffre de la Roche Jella (rep. 2)

Coord. : N47.35800 / E6.856345 ; Alt. 760 m ; Dév. 420 m ; Dén. - 88 m en 2004.

En bordure de la route Villars-les-Blamont à Chamesol, le long du chemin d'accès à la ferme de la Roche Jella, le gouffre s'ouvrant au fond d'une doline, la première d'une série, est situé sur la limite des communes citées ci-dessus. Nous sommes à l'entrée dans une formation callovienne (calcaire bioclastique et oolithique, à débit en plaques, présentant un pendage subvertical en direction du sud-est. Le développement souterrain se fait essentiellement dans le jurassique moyen. Un plan de faille proche de la verticale et de direction N55° a été repéré aux environs de -70 mètres de profondeur dans la salle de la cascade.

Des travaux par le GSAM sont toujours en cours dans le haut de la grande cheminée, située sous la doline voisine, dans l'espoir de créer une nouvelle entrée pour court-circuiter la trémie d'entrée actuelle, trop instable et dangereuse.

Hélas à ce jour en 2021, aucun accès n'a pu être ouvert en haut de la grande cheminée près de la surface, pourtant toute proche !

En 2009, la topographie du méandre terminal est levée, dans une zone en pente très faible avec épaisse couche d'argile sur les parois prouvant des mises en charges fréquentes.

Le développement passe à 590 m et le dénivelé à -90 m.

 
 

V – Le Creux Serré (rep. 3)

Coord. : N47.360484 / E6.842341 ; Alt. 800 m ; Dév. 375 m ; Dén. - 43 m

La cavité, indiquée sur la carte IGN, comporte un puits d'entrée de 11 m, elle est située presque sur la crête. La galerie principale spacieuse conduit par un puits d'accès de 22 m à la galerie inférieure. Une escalade de 8 m mène à la galerie supérieure très concrétionnée.
galerie supérieure au Creux Serré
 
 

 VI – Source de la Creuse (rep. 4)

Coord. : N47.387405 / E6.84975 ; Alt. 480 m ; Dév. 1152 m

La grotte s'ouvre au pied de la falaise de calcaire à Astartes que domine le village de Blamont, au fond d'une reculée typique du relief karstique appelée le Vallon de Creuse. Elle constitue une exurgence qui est la source du Gland.

La cavité parcourt d'une part une série de diaclases dont les axes principaux, perpendiculaires entre eux sont NE-SO et NO-SE et d'autre part, les joints de stratification.

À 180 m de l'entrée, la galerie débouche dans une salle de 25 x 4 x 3 m. La montée d'une coulée stalagmitique conduit à l'affluent Nord, diaclase de 106 m terminée par deux fissures impénétrables.

À 354 m de l'entrée, un évasement de 5m de diamètre est le confluent de deux galeries : la galerie Sud et la galerie Ouest.

La diaclase Sud est un méandre de 237 m de longueur, pénible à explorer sur la dernière centaine de mètres (largeur de 0,3 à 0,4 m). Elle se termine sur une fissure noyée.

La galerie 0uest débute par une voûte mouillante de 14 m de long et débouche dans une salle haute de 15 m, avec cascade.
Entrée de la grotte de la Creuse

À 11 m de haut, une diaclase S-N est pénétrable sur 30 m et un boyau de 60 cm de diamètre donne accès à une galerie, suivie d'un long méandre de plus de 300 m de longueur, avec terminus sur voûte mouillante.

Première exploration connue jusqu'à 300 m de l'entrée par Eugène FOURNIER au début du XXe siècle.

Le 15 Juillet 1934, le GSM découvre le début des galeries Sud et amont.

Le 16 Octobre 1970, le GS Porrentruy passe la voûte mouillante et remonte le puits de la cascade.

Le 4 Octobre 1971, le GS Catamaran et le GSP découvrent la partie amont du réseau et dressent la topographie de l'ensemble,

D'après E. FOURNIER, une tentative de captage par élévation des eaux au moyen d'un bélier aurait échoué à la suite de la contamination par les eaux résiduaires du village.

Le 11 novembre 1950, sept spéléologues de Belfort et de Lure sont bloqués par une violente crue.

Six d'entre eux y trouvent la mort. Cet accident est à ce jour, le plus meurtrier survenu en France.

Actuellement, une grille interdite l'accès de cette cavité. Voir plus d'informations au chapitre Histoire.
plan grotte de la Creuse

 
 

VII – Trou des Sales (rep. 5)

Coord. : N47.4065 / E6.849907 ; Alt. 500 m ; Dév. 210 m

Résurgence temporaire, en contrebas de la D434, au lieu-dit Sous les Roches. Galerie basse et horizontale de section assez constante. Sur tout le parcours, le sol est recouvert d'argile et de flaques d'eau. Arrêt sur siphon.

VIII – Grotte exsurgence de la Cascade (rep. 6)

Coord. : N47.412125 / E6.856767 ; Alt. 508 m ; Dév. 214 m

Résurgence située le long du chemin du "Bois de Châtillon".

Galerie basse se développant à la faveur d'un joint de stratification sur 108m. Une voûte basse en partie noyée, fait suite, suivie d'une galerie basse et régulière. À 214 m de l'entrée, galerie noyée.

Travaux :
GSM : en 1968-69, dégagement de la galerie sur 108 m,

03/10 août 1984 : un pompage (20 m3/h) fait baisser le niveau de 50 cm. Agrandissement de la voûte basse, reconnaissance et topographie du fond de la cavité.
















IX – Source de la Laronnesse (rep. 7)

Coord. : N47.391102 / E6.868107 ; Alt. 420 m ; Dév. 4 m ; Dén. - 4 m

Emergence vauclusienne, située à une centaine de mètres au sud de la croisée du chemin du Vallon de Creuse et de la D121, en face de la station d'épuration, en rive droite du ruisseau de Creuse.
À la base de la falaise, fissure horizontale étroite, donnant dans une diaclase située à 2 m de l'entrée, et profonde de 4 mètres.

Travaux d'agrandissement de l'étroiture d'entrée par le GS Catamaran.

En période d'extrême sécheresse, le niveau de base se trouve à 4 m de profondeur.

En crue, les eaux tourbillonnent dans le petit bassin d'entrée et se jettent dans le lit de galets qui conduit à la Creuse.

Différents traçages sur le secteur de Villars-les-Blamont aboutissent à cette résurgence temporaire.

À côté, une sortie d’eau se fait au travers les alluvions. La coloration du 24 octobre 1974 a montré que cette dernière est alimentée par le système Puits du Vallon - Fouge.
 
La source vauclusienne à sec et en crue


coupe de l'entrée de la source

X – Résurgence-perte dans le lit de la Creuse (rep. 7b)

Coord. : N47.391043 / E6.867306 ; Alt. 420 m

À une quarantaine de mètres en amont du confluent des ruisseaux de la Laronnesse et de la Creuse, dans le lit de ce dernier. Le lit du ruisseau est constitué de dalles de calcaires dans un pendage horizontal où se produit un phénomène curieux.

Lorsque la Laronnesse débite et que la Creuse est à un niveau moyen, une partie de ses eaux disparaît entre les dalles jusqu'à provoquer une baisse sensible du niveau. Inversement, en période de hautes eaux, les interstices deviennent une large résurgence diffuse.

Cela fut particulièrement remarqué le 24 octobre 1974, lorsque dans les eaux incolores de la Creuse, et précisément à cet endroit, apparut la fluorescéine injectée au Puits du Vallon.

C’est un regard sur le toit de l’aquifère du système de la Laronesse.

XI – Grotte du Glou-Glou (rep. 8)

Coord. : N47.415625 / E6.914847 ; Alt. 480 m ; Dév. 2000 m

L'entrée s'ouvre dans un thalweg, à mi-pente de la combe, au contact Ptérocérien-Séquanien.

Entrée basse dans une diaclase au fond de laquelle coule un ruisseau. À 210 m de l'entrée, passages demi-siphonnés. Au-delà, une cascade de 1,40 m, marque le début du boyau des Gours avec une galerie basse. À 250 m de l'entrée, le plafond se relève et la galerie commence à se concrétionner, pour déboucher dans la salle de l'effondrement.

Après une chatière et nous retrouvons le ruisseau. La galerie change de structure, mais reste très variée. Au-dessus d'une nouvelle cascade, nous trouvons encore un siphon, puis un boyau bas et étroit, presque totalement immergé, ensuite la galerie s'élargit, le ruisseau, toujours coupé par des gours, est formé d'une série de lacs allongés et profonds. Un laminoir quasi-vertical mène à une salle importante en inter-strate. La galerie est colmatée peu après.

Exploré (quoi ? à préciser) en 1954 par le SCB jusqu'à la voûte mouillante, à 210 m de l'entrée. En 1958, le SCH détruit des gours en aval, franchit deux voûtes mouillantes et explore environ 150 m de ruisseau souterrain. En 1962, le SCPPM et le SCP passent en apnée cinq autres voûtes mouillantes et explorent 1 km de ruisseau souterrain. Résurgence (de quoi ? à préciser) semi-active, affluent du ruisseau de la Doue, à sec, la majeure partie de l'année.

En période de hautes eaux, la résurgence débite avec un bruit singulier, d'où son nom. Les crues brusques et violentes, il y a une vingtaine d'années encore (de l'ordre du mètre cube à la seconde) se raréfient et le débit diminue dans la partie aval du réseau. La cavité est donc en pleine évolution.
Le Glou-Glou coule


XII – Source de la Doue (rep. 9)

Coord. : N47.407118 / E6.916718 ; Alt. 445 m ; Dév. 348 m

le porche de la source de la Doue
Au fond d'une reculée typique du relief karstique, magnifique résurgence creusée dans l'Oxfordien supérieur. Large galerie en inter-strate de 24 m, suivie d'un siphon de 13 m, arrêt sur étroiture (-5 m).

Au départ de la galerie, deux siphons indépendants ressortent au même point en amont.

S1 : long de 55 m (-3m) ne permet pas le passage avec bouteilles sur le dos.

S2 : long de 20 m (-3 m)

200 m de galerie exondée sont reconnus jusqu'au troisième siphon.

S3 : plongé sur 70 m (-7 m), la suite n'est pas trouvée.

 
En 1961, C. BRISSOT plonge dans le siphon du fond de la galerie sur 13 m, arrêt sur étroiture (- 5 m). En avril et juillet 1972, le Groupe Lémanique de Plongée Souterraine et le GSP franchissent les 2 siphons à l'entrée.

XIII – Secteur de vallon de Creuse

13.1 – Captage commun AEP Blamont et du Syndicat Intercommunal des Eaux des Croix (SIEC)

Une station de pompage installée à côté du forage SRAE dit "puits Léon" permet en partie l'alimentation en eau potable de la commune de Blamont et pour le SIEC des communes de Villars-les-Blamont, Pierrefontaine-les-Blamont et Ecurcey. L'accès aux pompes peut se faire par le puits artificiel débouchant dans la galerie technique. Pour le SIEC les eaux pompées sont refoulées dans la station de traitement/ réservoir située au nord-est de Villars.

Depuis le 1er janvier 2004, le SIEC (Syndicat Intercommunal des Eaux de Croix) composé historiquement de 7 communes en a perdu 2 (Croix et Villars le Sec) et est devenu le Syndicat des Eaux d'Abbévillers (SEA). En octobre 2015 proposition par le préfet de dissolution du SEA, le SIEA (Syndicat Intercommunal des Eaux d’Abbévillers) est alors renommé.

13.2 – Puits du Vallon de Creuse (rep. 10)

Coord. : N47.389121 / E6.857723 ; Alt. 450 m ; Dév. 470 m ; Dén. -18 m

Situé 650 m en aval de la source de la Creuse, rive gauche, le puits du Vallon de Creuse est un regard sur un réseau complexe noyé de façon quasi-permanente. Il commence par un entonnoir, suivi d'un puits de 12 m. Les galeries se développent dans le joint de stratification : hauteur 0,5 à 1,4 m, largeur de 1 à 5 m dans un plan proche de l'horizontal. Elles sont coupées par endroit de diaclases, orientées dans le sens Nord-Sud.

La formation de cette cavité ou plutôt sa communication avec l'extérieur est liée aux phénomènes qui ont provoqué la crue du 11 novembre 1950.

En Juillet 1973, Léon Bernard et ses fils dégagent à la main, les dernières pierres et découvrent l'inter-strate. En août et septembre, le GS Catamaran en dresse la topographie.
Le puits du vallon de Creuse dit "Puits Léon" 
Plongées :

Dans le bassin terminal (à 130 m de l'entrée), une plongée (SHAG - Juillet 1976) a permis de descendre à - 18 m. Arrêt sur fissure étroite.

En 1994, deux plongées sont de nouveau réalisées dans cette diaclase par Didier Cailhol. La profondeur de 26 mètres est atteinte et relance ainsi l'intérêt pour d'autres explorations.

Le 16 septembre 1999 Jean-Jacques Bollanz effectue une nouvelle plongée, la profondeur atteinte est de 41 mètres sous la surface de l'eau pour un développement de 52 mètres.

Cette cote correspond au niveau de l’aquifère de la Laronesse.

Un autre siphon situé à 60 m de l'entrée a été plongé (SHAG Août 1976) sur environ 60 m (-2 m). Section moyenne de la galerie noyée : 1,5 m x 0,6 m. Arrêt sur passage bas. Dépôts argileux.

Hydrologie :

Injection 1 kg de fluorescéine, le 24 octobre 1974 en hautes eaux. Réapparition à la Source de la Fouge : 375 m en 24 heures, vitesse 19 m/h et à la Laronnesse, distance : 925 m.

En 1976, coloration SRAE pour vérifier que le réseau est, en partie du moins, alimenté par une perte du ruisseau de Creuse.

Été 1978, essai de pompage, débit de 15 m3/h pour une réalimentation estimée à 5 m3/h. Les 6 et 7 septembre 1979 : nouvel essai de pompage. Après 16 heures de pompage à 62 m3/h, le niveau a baissé de 1,15 m. Sans que reprenne le pompage, le niveau est revenu à sa cote initiale après 10 heures.

Potentiel : 930 m3/j. en période de sécheresse.

À la suite des différents problèmes d’alimentation en eau potable du plateau de Blamont, il est décidé en 1984 de réaliser un captage AEP sur ce réseau.

Après un travail de topographie très précis réalisé par le GS Catamaran, un forage de 35 m est réalisé pour atteindre la diaclase du bassin terminal.

En 1985, le GS Catamaran aménage la galerie et installe les infrastructures pour supporter deux pompes immergées pour l'alimentation en eau potable de la commune de Blamont et pour le Syndicat Intercommunal des Eaux de Croix des communes de Villars-les-Blamont, Pierrefontaine-les-Blamont et Ecurcey.

Pour le SIEC les eaux pompées sont refoulées dans la station de refoulement située au-dessus du forage, puis envoyées dans l’unité de traitement et son réservoir situés au nord-est de Villars-les-Blamont.

Le débit d’exploitation est de 500 m3 par jour.

XIV – Source de la Fouge (rep. 11)

Coord. : N47.389106 / E6.862246 ; Alt. 430 m ; Dév. 350 m

La résurgence de la Fouge en hiver.
Orifice à la base d'une petite falaise, dans la combe d'Amène, au fond d'un canal artificiel qui la longe.

Par un orifice bas, en partie caché par des pierres, on accède à un laminoir large et bas (4 m x 0,3 x 0,8 m), direction N-O. avec changement de direction S-O. à 60 m de l'entrée.

Une voûte mouillante de 15 m de long, à 90 m de l'entrée se franchit aisément car souvent désamorcée.

La galerie plus haute (2 m) accède à 180 m de l'entrée à une chatière et 20 m plus loin à la deuxième voûte mouillante de 6 m de long ne se désamorçant qu'après une longue sécheresse.

La troisième voûte à 50 m de la précédente n'est franchissable qu'exceptionnellement. Une plongée intégrale permet d'accéder au minuscule orifice dans le plafond qui permet de parcourir une galerie d'une centaine de mètres. Cette galerie devient de plus en plus basse et vers le point, 350 m environ, se divise en 2 chatières impénétrables.
Fonctionnement :

Émergence temporaire se mettant en charge très rapidement, sert d'exutoire de crue du puits du Vallon.

Se met en charge exceptionnellement lors d'orages violents et suffisamment longs.

En décembre 1962, présence de gaz méphitiques qui furent à l'origine d'un malaise de l'équipe de spéléos.


Exploration :

1933 : une petite équipe locale explore la première partie jusqu'à la VM1.

Le 15 juillet 1934 : le GSM s'arrête à la VM1 qui est désamorcée.

Le 7 novembre 1943 : le GSM franchit la VM1 et s'arrête sur la VM2 à 198 m de l'entrée.

Le 6 octobre 1962 : P. Pétrequin du GSD plonge en apnée dans la VM2. Arrêt sur VM3 à 250 m de l'entrée.

Le 2 décembre 1962 : profitant d'une sécheresse exceptionnelle, le GS Catamaran passe la VM3 et atteint la chatière terminale.

XV – Gouffre de la Chèvre (rep. 12)

Coord. : N47.387926 / E6.866378 ; Alt. 530 m ; Dév. 40 m ; Dén. - 33 m

Il se trouve en bordure d'un sentier en pente très raide, allant de la vallée de la Creuse à la pâture de Danache.

Orifice de 1 x 1,8 m, donnant accès à un puits de 8 m en éteignoir. Il domine une salle dont le sol est jonché d'éboulis qu'il est possible de descendre et d’où partent deux galeries :

- la galerie 0uest donne dans un P4, puis dans un chaos de blocs,

- la galerie Est mène à un P5 en escalier et repart en direction du Sud sous les blocs.

XVI – Autres cavités locales

entrée du gouffre
du Fort du Lomont
Deux gouffres remarquables se trouvent en Suisse à quelques dizaines de mètres de la frontière mais situés dans le bassin versant : le gouffre du Perchet (rep. 13) descendant jusqu'à 42 m de profondeur et le gouffre du Pré-Pétusat (rep. 14) se limitant à -21m.

À Abbévillers, en limite de bassin un petit gouffre nommé Puits des Hautes Bornes, est malheureusement colmaté à -10m. Rep. 15. Coord. : N47.445495 / E6.928253 ; Alt. 610 m ; Dév. 10 m ; Dén. - 10 m

Récemment en 2020, le GS Catamaran a entrepris des travaux dans un gouffre situé près du Fort du Lomont, cette cavité est actuellement la plus haute du bassin versant à 830 m d'altitude !

Rep. 16. Coord. : N47.360862 / E6. 830797 ; Alt. 830 m ; Dév. 18 m ; Dén. - 9 m.

XVII – Pollutions et Traçages

L'année 2002, avec la loi sur l'Eau, a vu enfin la disparition visuelle des dépôts sauvages ou entretenus par diverses communes, mais il subsiste enfouies, cachées sous un peu de terre, d'énormes quantités d'ordures et autres détritus !

Cette décharge n'est plus "active" en 2022, mais n'a jamais été nettoyée !






Dépôts sauvages de pneumatiques en bordure de forêt !





Tableau des principaux traçages réalisés avec réapparition du traceur
(référence à la carte du bassin versant ci-après).


Carte du bassin versant du Gland, avec les phénomènes karstiques et les traçages cités.

XVIII – Histoire et légende

Un accident spéléologique est survenu dans la grotte de la Creuse le 11 novembre 1950.

Sept spéléos franc-comtois sont bloqués par une violente crue. Six d'entre eux : Emile Durupt (Magny d'Anigon), Michel Moser (Belfort), Maurice Roth (Belfort), Antonio Salvador (Essert), Raoul Simonin (Lure) et Claude Vien (Belfort) y trouvent la mort par noyade. Seul le docteur André Mairey, réfugié dans une partie émergée, s'en sortira vivant (c'est lui qu'on retrouvera, en 1952, aux côtés de Marcel Loubens lors de son accident mortel à la Pierre Saint-Martin dans les Pyrénées).



Cet accident "spéléo" est à ce jour le plus meurtrier survenu en France. Le sauvetage a nécessité l’intervention de sauveteurs venus de toute la France. Il est à l'origine de la création du "plan ORSEC" par l'administration.

En novembre 1950, l'accident de Blamont a beaucoup marqué l'opinion :

- par son bilan (six morts),

- par les polémiques suscitées (imprudence ou pas ?),

- par les moyens de secours mis en œuvre (renforts venus de Paris, de Toulouse, ...) et la durée du sauvetage (deux jours).

Quelques références de la presse écrite de l'époque : lien vers des sites Internet compilant les articles de presse sur cette tragédie.
    Coupure de presse de novembre 2000.

Cérémonie du 50ème anniversaire en novembre 2000 à Blamont. Discours du maire M. Claude Perrot.

La cérémonie du 70ème anniversaire en novembre 2020 à Blamont a été faite en petit comité à cause de la pandémie COVID !

En revanche, la commémoration pour le 71ème anniversaire a pu se dérouler normalement le 6 novembre 2021.






M. le Maire Serge Delfils vient de déposer une gerbe devant la plaque commémorative.






Quelques personnes à la commémoration du 6 novembre 2021.

Légende :

Pas très loin du village de Pierrefontaine existe un petit vallon où se trouve une grotte qu'on appelle ici la "grotte de la tante Airie".

«[…] La légende veut que le fantôme bienveillant de la comtesse Henriette qui régna sur le Montbéliard au XIIIème siècle, ait choisi cet endroit retiré pour y faire halte chaque année à la Noël, et que, de là accompagnée d'un âne au trot mécanique, elle distribue aux petits enfants du Pays de Montbéliard, les joujoux et les friandises traditionnels…»

la grotte de la tante Arie

XIX – Conclusions – remarques

Depuis la première parution de cet article, aucun nouveau phénomène karstique majeur n'a été découvert et aucune extension notable de cavité n'a été explorée – peu d'explorateurs ou de personnes passionnées par le sujet –. Néanmoins quelques nouveaux traçages ont été réalisés en France ainsi qu’en Suisse, en zone limitrophe. À noter que de part et d'autre des deux pays, je n'ai lu de synthèse commune. Pourtant, les circulations souterraines elles ne connaissant pas de frontière !

J'ai pu mettre à jour des erreurs ou oublis que nous retrouvons hélas avec le "copier-coller" dans les diverses publications spéléologiques mais aussi gouvernementales (manque de rigueur ou de moyens humains de terrain pour vérifier, valider ou corriger les données).

Références

Bibliographie par ordre alphabétique :

Brandt C., 1975. Bulletin du GS Lausanne "Le Trou" n° 10 :14-17.

Cabinet Reile P., 1996-1997. Étude préalable à la délimitation du périmètre de protection du captage AEP Blamont, (géologie de reconnaissance, eaux continentales, environnement. 25290 ORNANS).

Carte IGN 3522 EST et 3622 OUEST.

Collectif CDS25, 1988. Inventaire Spéléologique du Doubs, tome I.

CPEPESC, 1980. Répertoire des phénomènes karstiques concernés par la pollution : 2.

Dubois M., 1975. Cinq contes du bon vieux temps au Pays de Montbéliard, Éd. Rayot-Depoutot.

Fournier E., 1919. Gouffres, grottes, cours d'eau souterrains, résurgences, etc. du département du Doubs, Jacques et Demontrond, Besançon, in-8° raisin, 303 p.

Fournier E., 1923. Explorations souterraines en Franche-Comté, grottes et rivières souterraines, la Solidarité imprimerie coopérative ouvrière, 186 p., 59 figures.

Fournier E., 1923. Les Gouffres, Jacques et Demontrond, Besançon, in-8° raisin, 212 p., 51 figures.

Fournier E., 1926. Les Eaux Souterraines (sources, résurgences, exsurgences et nappes aquifères), Imprimerie de l'Est, Besançon.

Géologie, mémoire n° 2, 1987 - Inventaire des circulations souterraines reconnues par traçages en Franche-Comté, Annales scientifiques de l'Université de Besançon

OEPN/CHYN, 1992, carte hydrogéologique de l'Ajoie (canton du jura, Suisse) & notice.

Paris C., 1987. L'Escarpolette n° 8 : 30 - topographie.

Petrequin P., 1963. Spelunca Bull. n° 2 : 50.

SHAG, 1977. Publication Enfonçure n° 3 : 42.

 
Sites internet :


http://www.juraspeleo.com/docu/presse/1950_blamont/blamont.htm

http://basekarst.gipek.fr/ (Base de données du Karst Franc-Comtois, accès réservé avec un compte contributeur)


Conseils :


S'AVENTUER SOUS TERRE SEUL OU SANS EXPERIENCE = DANGER

L'accès au milieu souterrain recèle des embûches, des obstacles qu'il faut connaître pour apprécier ce monde inconnu. La spéléologie est une activité de groupe et doit se pratiquer dans le cadre d'un club pour acquérir les techniques de bases et vivre l'aventure vraie. Contactez les clubs locaux.


Contacts :

Groupe Spéléo-Archéo de Mandeure : olivier.gallois90@gmail.com, cpcecileperrot@gmail.com

Groupe Spéléo Catamaran de Montbéliard : joseph.cavallin@orange.fr, philippe.vergon@gmail.com

site https://philippe-vergon.blogspot.com